Avec
Giorgia Cerruti, Luisa Accornero, Valentina Tullio, Claudia Martore,
Andrea Romeri, Anna Montalenti, Agla Germanà
C’est la difformité des naines que nous avons choisi pour
révéler la beauté de l’âme. Dans l’espace
clos où les hommes les contraignent, lesfilles de Bernarda ouvrent la
brèche du rêve et de l’amour.
Antonio Diàz-Floriàn
« La maison de Bernarda Alba » est l’ultime
chef-d’œuvre de García Lorca, achevé en juin 1936.
Avant de partir pour son dernier voyage, afin de rejoindre sa famille à
Grenade, Lorca confia les pages du manuscrit à son ami Nadal, en lui
disant : « Prend ceci au cas où il m’arriverait quelque chose
». Le 18 août, capturé par les nationalistes, le
poète trouva la mort devant un peloton d’exécution.
L’adaptation du metteur en scène Antonio Díaz-Florián
est un spectacle à fort impact émotif et visuel, qui appelle le
public à partager avec les comédiennes un rituel de mort
extrêmement suggestif ; c’est une messe de requiem dans laquelle la
force créative de Lorca trouve une parfaite correspondance avec le
grotesque des costumes et de la silhouette de naines jouées par des
comédiennes à genoux. L’idée est inspirée par
les Menines de Velasquez et par les figures terribles de Goya, dans lesquelles
le détail effroyable atteint des sommets de pureté absolue. La
diction accentuée, « baroque », l’expression des
visages et la gestuelle proches du jeu de masque, le maquillage distancié
et les costumes contribuent à créer cette impression
d’étrangeté et de décalage qui est condition
physique mais surtout état émotif et nœud thématique
évoqué par Lorca.
Le spectacle est réalisé en co-production avec le
Théâtre de l’Épée de Bois – Cartoucherie,
et le spectacle italien est la reprise d’une mise en scène
créée par Antonio Díaz-Florián et sa Troupe en 1999
au Teatro Espada de Madera de Madrid.
Il s’agit d’une collaboration de grand prestige pour la Piccola
Compagnia della Magnolia, et c’est l’occasion de montrer au public
le travail d’un maître du théâtre européen.
Le Théâtre de l’Épée de Bois a
été fondé en 1969 par Antonio Díaz-Florián,
et il est installé à la Cartoucherie de Paris où il partage
les lieux avec le Théâtre du Soleil d’ Ariane
Mnouchkine.
La Troupe se caractérise par une recherche qui associe le travail sur
l’acteur, l’étude de l’espace scénique et la
participation du public. Depuis le début, les auteurs qui accompagnent la
recherche de la Troupe sont Shakespeare, Lope de Vega, Tirso de Molina, Camus,
Lorca, Calderon, Marlowe. L’ Épée de Bois
s’intéresse en outre au monde contemporain, en confrontant le
travail de la Troupe avec les contradictions de l’héritage
historique de notre société, à travers une recherche qui
associe Théâtre et Histoire.
PRENDS CECI AU CAS OU IL M’ARRIVERAIT QUELQUE CHOSE…
Avant de partir pour Grenade, en juillet 1936, Federico García Lorca
glissait dans la poche de son ami Nadal les pages d’un manuscrit en lui
disant: Prends ceci au cas où il m’arriverait quelque
chose.
À cette époque, les passions politiques étaient
exacerbées : attentats, assassinats, complots, grèves se
succédaient, émanant de la droite comme de la gauche.
Lorca avait décidé d’aller rejoindre sa famille à
Grenade, ville pourtant menacée par les militaires révoltés
contre la République.
Il venait de mettre le point final à une nouvelle pièce, «
La maison de Bernarda Alba », qu’il avait lue en présence de
ses amis, au mois de juin.
Deux mois plus tard, le 18 août, il était exécuté par
les nationalistes, et Nadal découvrait, bouleversé, que le
manuscrit renfermait l’ultime chef-d’œuvre de son ami.